Tu as peut-être déjà entendu : « C’était le début», « Tu pourras en avoir un autre », « Au moins, tu étais enceinte depuis peu », « Il faut essayer de passer à autre chose» Et pourtant, tu as mal. Peut-être même beaucoup plus que tu ne l’aurais imaginé. La fausse couche est terminée médicalement, mais quelque chose en te semble encore complètement bouleversé. Tu te demandes peut-être : Pourquoi est-ce que je me sens toujours aussi mal après une fausse couche ? Pourquoi cette tristesse ne passe-t-elle pas ? Pourquoi ce vide ? Pourquoi as-tu parfois envie de pleurer alors que tu pensais aller mieux ? Et surtout… est-ce que tu as le droit d’être encore mal alors que la grossesse était récente ?
Oui. Ton ressenti mérite d’être entendu. Une fausse couche ne se résume pas à ce qui s’est passé dans ton corps. Médicalement, une fausse couche correspond à l’arrêt spontané d’une grossesse avant un certain terme. Mais pour la femme qui la vit, ce n’est pas uniquement un événement médical. Il y avait peut-être déjà une place faite à ce bébé. Une date imaginée, un prénom peut-être, des projets, une annonce que tu avais imaginée, une première échographie, un ventre que tu commencais à regarder différemment, ou simplement cette pensée : « Je suis enceinte. » Et même lorsque la grossesse était très récente, elle pouvait déjà avoir une immense importance dans ta vie. La perte ne se mesure donc pas uniquement en semaines de grossesse.
Pourquoi est-ce que je me sens si triste après ma fausse couche ?
Il n’existe pas une seule façon de vivre une fausse couche. Certaines femmes ressentent une immense tristesse. D’autres de la colère. Certaines se sentent complètement vides. Il peut aussi y avoir de la culpabilité, de l’incompréhension, du soulagement, de l’angoisse ou plusieurs émotions en même temps. Et parfois… rien de tout cela. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de vivre cette expérience. Tu peux avoir désiré cette grossesse profondément et ressentir malgré tout du soulagement. Tu peux avoir eu des doutes sur cette grossesse et être dévastée par sa perte. Tu peux tesentir triste aujourd’hui alors qu’il y a quelques jours tu pensais aller bien. Toutes ces réactions peuvent coexister.
Quand le corps continue alors que la grossesse s’est arrêtée
C’est une dimension dont on parle parfois peu. Après une fausse couche, le corps peut avoir besoin de temps pour retrouver son fonctionnement habituel. Les saignements peuvent continuer pendant un certain temps et les hormones de grossesse ne disparaissent pas instantanément. Tu peux donc avoir la sensation étrange que ton corps continue à porter les traces de cette grossesse alors que, dans ta tête, tout s’est arrêté. C’est parfois particulièrement difficile. Parce que ton corps te rappelle quelque chose que tu essaies déjà de comprendre intérieurement.
Important : quand consulter ?
Cet article ne remplace évidemment pas un avis médical.
Après une fausse couche, ton médecin, ta sage-femme ou l’équipe qui te suit reste ton interlocuteur pour les questions concernant ta santé physique, le suivi de la grossesse arrêtée, les saignements, les douleurs, les traitements ou les éventuelles complications. En cas de douleur importante, de saignements très abondants, de fièvre, de malaise ou de symptômes qui t’inquiètent, il est important de demander rapidement un avis médical.
Prendre soin de ta santé physique est la première étape.
Mais cela ne signifie pas que la dimension émotionnelle doit être oubliée. Et quand tout le monde autour de te semble déjà être passé à autre chose ? C’est parfois là que la solitude commence. Ton entourage reprend sa vie. Le travail continue. Les enfants doivent être conduits à l’école. Les repas doivent être préparés. Les messages auxquels répondre s’accumulent. Et pourtant, intérieurement, tu as parfois l’impression d’être restée exactement au même endroit. Tu peux aussi être confrontée à des phrases qui partent d’une bonne intention mais qui font mal. « Tu es jeune. », « Ça arrive souvent. », « La prochaine fois sera la bonne. », « Il vaut mieux que ça soit arrivé maintenant. » Ces phrases cherchent souvent à rassurer. Mais elles peuvent donner l’impression que ta douleur devrait être proportionnelle au nombre de semaines de grossesse. Or ta douleur n’a pas besoin d’être justifiée.
La culpabilité après une fausse couche
Une question revient souvent : « Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? » Tu repenses peut-être à ce que tu as mangé, à l’effort que tu as fait, à cette journée où tu étais particulièrement fatiguée, à un rapport sexuel, à une émotion forte, à quelque chose que tu as fait ou que tu n’as pas fait. Le cerveau cherche parfois une explication parce qu’il est difficile d’accepter qu’un événement aussi bouleversant puisse arriver sans que nous puissions en contrôler la cause. Mais une fausse couche n’est pas quelque chose que tu dois porter comme une faute personnelle.
Peut-on faire son deuil après une fausse couche ?
Le mot « deuil » peut faire peur. Certaines femmes s’y reconnaissent immédiatement. D’autres pas du tout. Il n’est pas nécessaire de choisir un mot pour légitimer ta douleur. Tu as perdu quelque chose qui comptait pour toi. Et tu as le droit de prendre le temps nécessaire pour comprendre ce que cette perte représente. Il n’existe pas de calendrier universel. Tu peux te sentir mieux pendant quelques jours puis être submergée à nouveau. Une date prévue, une femme enceinte dans ton entourage, une naissance, une publicité, une échographie, un vêtement de bébé aperçu dans un magasin. Parfois, un détail suffit à faire remonter tout ce que tu pensais avoir réussi à apaiser. Cela ne signifie pas que tu « reviens en arrière ». Cela signifie simplement que certaines émotions ne suivent pas une ligne droite.
Et si tu ne veux pas « tourner la page » ?
On entend beaucoup cette expression. Mais après une fausse couche, peut-être que tu n’as pas besoin de tourner la page. Peut-être as-tu simplement besoin de trouver comment continuer avec ce qui s’est passé, de pouvoir en parler, de pleurer si tu en as besoin, de mettre des mots sur ce que tu ressens, de prendre soin de ton corps, de retrouver progressivement un sentiment de sécurité. Et peut-être, un jour, de pouvoir penser à cette grossesse sans que la douleur soit aussi vive. Avancer ne veut pas dire oublier.
Prendre soin de soi après une fausse couche
Prendre soin de soi ne signifie pas nécessairement faire quelque chose de spectaculaire. Cela peut commencer très simplement : dormir, manger suffisamment, accepter de ralentir, ne pas faire semblant d’aller bien, dire à quelqu’un : « Aujourd’hui, j’ai besoin que tu m’écoutes plutôt que de chercher une solution. », s’autoriser à pleurer, écrire ce que tu n’arrives pas à dire, créer un petit rituel personnel si cela te fait du bien, ou simplement t’offrir un espace où tu n’as pas besoin d’être forte. Il n’y a aucune obligation de « bien vivre » une fausse couche. Il n’y a pas de performance à réussir.
Tu as peut-être simplement besoin d’écoute et de soutien
Après une fausse couche, on pense souvent au suivi médical et c’est indispensable. Mais il existe aussi tout ce qui ne relève pas du médical : les émotions, le vécu de la grossesse, la relation à ton corps, ce que tu n’as pas pu dire, ce que tu ressens aujourd’hui et ce dont tu as besoin pour traverser cette période. C’est précisément là que peut avoir sa place un accompagnement émotionnel et bien-être.
En tant que doula, mon rôle est différent de médecin ou de la sage-femme. C’est celui d’offrir un espace d’écoute, de présence et de douceur, où tu peux déposer ce que tu vis sans avoir à minimiser ta peine. Tu n’as pas besoin de savoir exactement ce dont tu as besoin pour demander du soutien. Parfois, commencer par dire « je ne vais pas bien » suffit.
Si tu viens de vivre une fausse couche…
Peut-être que tu te demandes combien de temps il faudra avant de te sentir mieux. Peut-être que tu as peur de ne jamais retrouver ta légèreté. Peut-être que tu te sens étonnamment bien et que tu culpabilises de ne pas être plus triste. Ou peut-être que tu ne sais tout simplement plus quoi ressentir. Il y a ton histoire, ta grossesse, ta perte et ta manière à toi de la traverser.
Prends soin de toi avec la même douceur que tu offrirais à une femme que tu aimes profondément. Et surtout, ne laisses personne t’expliquer à quel moment tu dois avoir cessé d’avoir mal.